Son Eminence D. José Policarpo,
Cardinal Patriarche de Lisboa
Introduction
1. Le titre de cette Conférence qui
m’a été proposée suggère que je présente, en
synthèse, les orientations actuelles du Magistère de
l’Eglise en vue de la préparation au Mariage. Il
s’agit d’un Magistère abondant, où on explicite la
doctrine catholique sur le sacrement du mariage et
sur la famille en tant qu’expérience base de
l’église communion, “l’Église domestique”. En même
temps, on y trouve des suggestions opérationnelles
pour l’action pastorale: de la Gaudium et Spes
du Concile Vatican II, à la Familiaris Consortio,
Exhortation Apostolique du Synode sur la Famille et
à l’Evangelium Vitae, de Jean Paul II. Pour
sa part, le document du Conseil pour la Famille, de
1996, intitulé “Préparation pour le Sacrement du
Mariage”, qui prétend aider à traduire, dans des
dynamismes de nouveauté pastorale, la doctrine de
ces documents, tout en interpelant les Conférences
des Evêques, les Evêques et les Diocèses, les
paroisses, les structures pastorales
d’évangélisation, surtout de la jeunesse, ainsi que
les divers mouvements qui se sont engagés dans la
pastorale de préparation au mariage. D’ailleurs, la
contribution de ces divers mouvements au niveau de
l’élaboration du document est évidente.
L’idée de me limiter à
faire une synthèse de ces enseignements ne m’a pas
trop enthousiasmé: ce serait redire ce qui a déjà
été dit, dans des documents qui se trouvent
disponibles pour tout le monde. Il faut souligner
que la préparation au mariage est une urgence
pastorale, avec la détermination et la créativité
requises par les profonds changements culturels de
la société. Cependant, si après avoir médité cette
parole lucide de l’Église, on regarde la réalité, on
se rend compte des difficultés pour trouver des
formes de nouveauté au niveau de la pastorale, qui
puissent créer un nouveau dynamisme de
transformation. Je me souviens de l’affirmation d’un
penseur contemporain : « Quand je suis né tout avait
déjà été dit sur le salut du monde; il ne fallait
que sauver le monde ».
Le Cardinal Walter
Kasper, dans un livre précieux, écrit alors de son
jubilé sacerdotal, dit, en parlant de la profonde
mutation culturelle de l’Europe, patrie séculaire de
l’implantation du christianisme : « Dans cette
nouvelle situation, le christianisme prend,
aujourd’hui, dans un sens qui a besoin d’être bien
compris, une nouvelle physionomie historique. Nous
ne sommes qu’au tout début de cette nouvelle
ouverture. C’est évident que l’Église est toujours
la même au long des siècles, mais elle est aussi
toujours un chemin pour découvrir, d’une façon
nouvelle, la nouveauté de l’Evangile. Le Concile
Vatican II a indiqué, dans un temps précis, les
chemins pour le faire, et ça peut être un compas
fiable pour son chemin au long du XXI siècle.
Malheureusement, nous
sommes toujours très loin d’avoir pris la pleine
conscience des proportions de ce changement, des
défis auxquels il faut répondre et de la nécessaire
orientation missionnaire de la pastorale dans nos
pays. La force de l’inertie, une mentalité fermée et
la peur de la nouveauté, sont très forts.
Ils sont nombreux ceux
qui veulent continuer à faire, tout en faisant de
leur mieux, ce qui a toujours été fait, mais, a la
longue, ce ne sera plus possible.
En présentant ce défi, le Cardinal Kasper parle du
dynamisme que Paul VI avait déjà présenté dans l’Evangelii
Nuntiandi et que Jean Paul II réaffirme quand il
parle d’une évangélisation nouvelle et renouvelée.
Mais n’était-il pas ce même défi celui de Jean XXIII
proposé au moment où il a convoqué le Concile?
Sensible à la profondeur du changement culturel de
la société, le Concile défi l’Église à prendre
conscience de son mystère pour pouvoir réinventer
les chemins de sa mission, dans la société qui a
changée.
C’est ainsi que j’ai
marqué l’objectif de cette Conférence: à la lumière
de la doctrine de l’Église, rêver de nouveaux
chemins pour l’évangélisation, à l’intérieur de
laquelle on doit garantir la préparation au mariage.
Le thème reste ainsi plus proche du défi de la
nouvelle évangélisation, que de l’analyse de vérités
et chemins déjà connus, devant lesquels on ne peut
pas courir le risque, déjà dénoncé par Walter
Kasper: insister à parcourir, le mieux possible, ce
qui a toujours été fait. « Le vin nouveau dans des
outres neuves ».
Le défi d’une
nouvelle évangélisation
2. L’expression très chère à Jean
Paul II, reprend l’intuition de Jean XXIII, en
convoquant le Concile, et de Paul VI dans l’Evangelii
Nuntiandi. Aux Evêques de l’Amérique Latine,
pendant la célébration des 500 ans de la première
évangélisation, devant les changements profonds de
la société que se font ressentir au niveau de
l’affirmation de l’Eglise dans ce continent, Jean
Paul II dit: “La commémoration de ce demi millénaire
de l’évangélisation trouvera sa signification pleine
si elle devient un engagement à vous, en tant
qu’Evêques, ensemble avec votre presbytère et avec
vos fidèles. Un compromis de quoi? Pas sûrement
d’une ré-évangélisation, mais si, d’une nouvelle
évangélisation”.
Quelle était, pour Jean
Paul II, la différence entre la ré-évangélisation et
la nouvelle évangélisation? C’est clair qu’il ne
s’agit pas de répéter le passé. Le message est
toujours le même, mais, maintenant, il s’agit d’une
autre société et d’une autre culture. Comme disait
Kasper, il ne suffit pas de continuer à faire, le
mieux possible, ce qu’on a toujours fait. Il faut
trouver de nouveaux chemins. Peut-être parce que
quelqu’un a posé la question, le Saint Père, dans
une autre référence à la “nouvelle évangélisation,
ajoute: « évangélisation, nouvelle dans son ardeur,
dans ses méthodes et dans ses expressions ». Le
thème avait inspiré la Constitution Pastorale
“Gaudium et Spes” elle même, sur l’Église dans le
monde contemporain, quand on parle de lire les
“signes des temps”, tout en découvrant dans la
réalité du monde contemporain les signes qui peuvent
devenir des portes ouvertes au message chrétien.
Nous chercherons d’or en
avant, de considérer la problématique de la
préparation au mariage, dans la perspective d’une
nouvelle évangélisation de l’amour. Fidèles au défi
de Jean Paul II, nous n’échapperons pas à la
réalité, en la regardant avec espoir; nous verrons
en quoi ça peut s’exprimer cette “nouvelle ardeur”
dans la proclamation de la vérité chrétienne, ainsi
que les méthodologies qu’il faut adopter.
Regarder la réalité
avec espoir
3. La famille est un
micro-cosmos où on peut voir tous les changements de
la société, tout en souffrant, elle même,
aujourd’hui, une mutation culturelle profonde ce qui
fait qu’on peut évangéliser l’amour seulement si on
réussit à réagir contre cette mutation culturelle,
en évangélisant la culture et la société. Il s’agit
de transmettre, surtout aux enfants et aux jeunes,
des critères et des perspectives de vie, qui ne
soient que ceux de la culture de l’environnement,
mais qui puissent exprimer la beauté de la nouveauté
de la vie chrétienne.
Je me limiterai à
indiquer les traits du changement culturel de nos
sociétés qui se manifestent d’avantage au niveau du
mariage et de la famille.
Tout d’abord, la
tendance de la culture contemporaine, favorisant
l’athéisme. Ils sont plusieurs ceux qui disent que
Dieu n’existe pas ou alors ceux qui
vivent comme s’il n’existait pas, parce qu’il n’a
pas d’interférence dans notre vie. On a relativisé
une dimension structurante du judéo-christianisme,
la certitude que Dieu agit dans notre vie et dans
notre histoire. Il n’y a pas d’Alliance possible
avec un Dieu qui n’existe pas ou qui n’agit pas. Et,
même pour ceux qui n’ont pas encore “tué” Dieu, leur
foi n’est pas une Alliance d’amour et de confiance,
qui embrasse toute l’existence et donne un sens à
toutes nos expériences et tous nos choix.
Ayant oublié Dieu,
l’homme devient le centre de la vie et de
l’histoire. La vie sera ce qu’il sera capable de
faire; son intelligence devient la source exclusive
de la vérité ; sa liberté devient un absolu. Avec
l’exaltation de l’individu, on obnubile la dimension
communautaire. La vérité n’est plus la vérité d’une
communauté qui fait la tradition, et la liberté
n’est plus un défi à prendre sérieusement la
responsabilité communautaire envers les autres. Dans
ce contexte, on relativise facilement l’exigence
éthique comme lumière d’inspiration des
comportements et on fait disparaître les frontières
entre le bien et le mal. Les principes éthiques
qu’on a hérités du passé et qu’on a reçus d’une
communauté plus large sont considérés comme des
impositions limitatives de la liberté individuelle.
Quand Dieu n’est plus
l’acteur principal de notre histoire, interagissant
avec nous, on relativise les concepts tels que celui
de la création et celui du salut. Quand l’homme ne
se considère plus comme une créature de Dieu et ne
considère plus l’univers comme un don du Créateur,
on perd la notion du dessein amoureux inscrit dans
notre cœur et dont la réalisation deviendra la plus
belle aventure de notre liberté. Il n’y a pas
de loi naturelle enregistrée dans de cœur humain. La
nature et sa loi naturelle ne sont pas un absolu et
l’homme, qui a essayé de les changer, commence à
croire qu’il sera capable de les changer
radicalement. Nous vivons un moment d’audace quand
on veut décider que, malgré tout, le mariage n’est
plus, nécessairement, l’union d’un
homme avec une femme.
En oubliant Dieu, on a
perdu la perspective de l’éternité. « À jamais »,
« pour l’éternité”, sont des expressions disparues
du vocabulaire. La société de consommation,
elle-même, a consacré le principe du jetable. Il n’y
a plus de valeurs pérennes ni de choix définitifs.
Tout est devenu transitoire, à l’air du moment et
des choix de chacun.
La conséquence de cette
difficulté de prendre sérieusement, avec courage et
fidélité, la dimension pérenne des engagements
fondamentaux, est la dilution croissante de la
dimension institutionnelle du mariage, basée sur un
contrat célébré entre l’homme et sa femme, en
constituant, ainsi, l’institution familiale,
laquelle exige stabilité et pérennité. Le mariage
commence à être présenté comme une rencontre d’amour
entre deux personnes, qui se termine quand l’amour
s’échoue.
4. Tous ces symptômes de la mutation culturelle se
manifestent au niveau du mariage. Ils se trouvent à
l’origine d’une vision du bonheur qu’on désire,
marqué par l’hédonisme. On a progressivement oublié
le défi chrétien du bonheur, basé sur la générosité
du don: “c’est en donnant qu’on reçoit ».
“J’appelle hédonisme à une conception de vie et de bonheur
qu’on cherche d’avoir immédiatement, en utilisant
tout ce que la nature nous offre. Ce qui est naturel
est bon et légitime, en excluant la dimension
surnaturelle de la reconstruction de l’homme. Le
modèle de vie et de bonheur véhiculé par les
sagesses profanes, est hédoniste, consommateur et
exclue le sens de la souffrance tout en relativisant
la pérennité du bonheur qu’on doit construire.
L’avidité, le gain, le matérialisme, la
relativisation des choix de vie qu’on a fait, sont
la conséquence de cette perspective. Ce modèle de
bonheur est insaisissable, on exige de plus en plus
et on attribue la faute aux autres quand on n’arrive
pas à avoir ce qu’on désire. Le bonheur qu’il faut
construire, selon l’image de l’effort et de la
persistance de l’athlète qui cour au stadium, est
presque disparu. Ce sont les autres qui ont
l’obligation de garantir mon bonheur. Ici on
comprend mieux le Discours de la Montagne:
“Bienheureux ceux qui ont un cœur de pauvre”, ainsi
que l’Evangile annoncé aux pauvres, à cause de sa
majeur disponibilité pour accueillir la surprise de
Dieu.
Il n’est pas facile d’annoncer l’Evangile à des personnes
qui ont cette idée du bonheur. C’est le scandale de
la croix dont parlait Paul. Le message chrétien,
avec son exigence rénovatrice, est considéré comme
non adapté à l’homme, celui qui se considère capable
de dénouer toutes les interrogations de son
existence et de construire son bonheur”.
La nouvelle évangélisation exige une nouvelle ardeur
5. Qu’est-ce que c’est et comment s’exprime cette nouvelle
ardeur? Jean Paul II nous a laissé son témoignage de
vie. En lui, cette ardeur était toute une
passion pour Jésus Christ et l’évangélisation était
toujours l’annonce et manifestation de l’amour de
Jésus Christ. Rappelons-nous de ses paroles lors de
la première Encyclique: «Jésus Christ est le centre
de l’Univers et de l’Histoire. Dans ce moment
solennel de l’histoire (…) ma pensée et mon cœur
s’adressent à Lui. Pour nous, la seule orientation
de l’esprit, la seule direction de l’intelligence,
de la volonté et du cœur pour nous est la suivante :
vers le Christ, rédempteur de l’homme et du monde.
Nous voulons le contempler, car Lui seul, Fils de
Dieu, est le Sauveur»[5].
Comment ne pas rappeler l’ardeur avec laquelle le
Concile Œcuménique Vatican II a affirmé Christ comme
la fin de l’histoire humaine, le point
vers lequel tendent tous les désirs de l’histoire et
de la civilisation, le centre de tout le genre
humain, la joie de tous les cœurs et la plénitude de
toutes les aspirations”.
Jean Paul II a appelé aux jeunes “les alliés naturels de
Jésus Christ ». Avec le Christ ils feront la
différence. Dans sa lettre apostolique aux jeunes,
écrite pour l’Année International de la Jeunesse, en
parlant au sujet du thème majeur qui les inquiète à
cet âge là, la vocation au mariage, le Pape dit:
“Pour ça, je vous prie de ne pas interrompre le
dialogue avec le Christ pendant cette phase
tellement importante de votre jeunesse; et je vous
prie même d’intensifier ce dialogue. Quand le Christ
dit « suis moi », son appel peut signifier: «je
t’appelle pour un amour encore plus grand »;
cependant, très souvent ça signifie: «suis-Moi», moi
celui qui est l’époux de l’Église – mon épouse …;
viens, devient toi aussi époux de ton épouse …,
devient toi aussi épouse de ton époux. Devenez, tous
les deux, participants du mystère, du sacrement,
duquel l’auteur de la lettre aux Éphésiens dit qu’il
est grand: grand «par rapport au Christ et à
l’Église»”. Et encore: “Je souhaiterai que vous
arrivez à croire et à vous convaincre que ce grand
mystère humain a son principe en Dieu qui est le
Créateur; il a ses racines dans le Christ
Rédempteur, lequel, en temps qu’époux, a fait don de
soi même et enseigne à tous les époux et à toutes
les épouses à se faire don de soi mêmes l’un à
l’autre selon la pleine mesure de la dignité
personnelle de chacun et de chacune. Le Christ nous
apprend l’amour des époux ”.
Cette découverte de Jésus Christ est personnelle et elle
se passe au rythme de l’Esprit et du cœur de chacun.
Cependant, ça suppose une catéchèse conçue comme un
chemin à la découverte de la personne de Jésus, où
la doctrine se trouve confirmée par la chaleur du
témoignage des parents, des catéchistes et des
prêtres. Il faut qu’on s’éloigne d’une catéchèse
conçue comme apprentissage d’une doctrine, tout en
faisant la place à un chemin de découverte de la
vie. Celle-ci est la pédagogie catéchumènale. Pour
tout le monde, mais surtout pour les jeunes, les
témoignages de vie sont très importants.
Cette “nouvelle ardeur” prend feu dans la célébration de
l’Eucharistie, dans l’adoration, dans l’expérience
missionnaire, dans n’importe quelle expérience
d’amour généreux. La possibilité de vivre,
aujourd’hui, le mariage chrétien, sacrement de
grâce, peut être découverte en faisant tout ce
chemin de découverte de Jésus Christ et pas
seulement dans un contexte d’une formation
spécifique. Ces jeunes, touchés par cette ardeur, en
même temps ils découvrent que le Christ est au
centre de leur amour et que celui-ci devient
l’expression de l’amour envers Jésus Christ. Sans
cette découverte passionnée, les caractéristiques
théologiques et morales du mariage religieux sont
vues comme des exigences de l’Église, lesquelles ne
pourront résister ni aux difficultés ni à la
confrontation avec la culture dominante.
La nouvelle évangélisation doit être nouvelle en toutes
ses expressions
6. De quoi parle Jean Paul II? Sûrement sur l’amour de
témoignage, manifeste dans la communication de la
foi. Dans le cas des jeunes, tout en vivant cette
étape de la vie où on découvre le sens plus profond
de l’amour humain, tout en murissant une vocation au
mariage, tout en faisant ce chemin, il est
important qu’ils aient la possibilité d’expression
des dimensions constitutives de l’identité
chrétienne, lesquelles, en inspirant
toute la vie, donne un sens au choix de la voie du
mariage.
* La nature et la grâce. L’homme a été créé avec
des capacités qui lui permettent d’arriver à la vie,
dans la communion d’amour. Parmi ces capacités on
trouve la complémentarité de l’homme et de la femme,
créés à l’image de Dieu, marqués par le désir d’être
un seul dans l’amour. Il est sûr que le péché a
affaibli ces potentialités de la nature, mais il ne
les a pas anéanties. La grâce, la force de l’Esprit
de Jésus ressuscité, ne propose pas une perfection
contre la nature, mais une pleine réalisation de ses
capacités. L’évangélisation doit souligner soit la
beauté de l’être humain, soit le besoin de la force
de l’Esprit pour qu’on puisse être complètement
humain.
Dans le mariage, en tant que vocation à la sainteté, dans
la perfection de l’amour, se croisent, comme dans
aucune autre expérience humaine, la nature et la
grâce. On ne peut valoriser le mariage, en diminuant
la nature. L’évangélisation doit faire voire aux
jeunes la beauté de son humanité, les apprendre à
l’accueillir comme un don et une responsabilité.
Exalter la beauté de l’amour des époux, en
amoindrissant ce qui est naturel, ne peut qu’amener
à l’abandon de la perspective de la grâce. Avec
l’action de l’Esprit, Dieu veut que l’homme et la
femme soient pleinement humains. La grâce de la
rédemption donne plénitude à la création; elle
devient une deuxième création.
* Le rythme sacramentel. Il est impossible de
plonger dans la profondeur du sacrement du mariage,
sans saisir le rythme sacramentel de la grâce, où
une réalité humaine est transformée par le Christ,
en signe d’une vie nouvelle, tout en accomplissant
au-delà de sa signification naturelle, la surprise
de la grâce. Or, dans le mariage, la réalité
humaine, laquelle, tout en gardant toute sa
signification naturelle, devient signe de communion
avec Jésus Christ, est l’union même des époux dans
la totalité de leurs êtres, corps et esprit.
L’union d’amour devient signe de l’amour de Jésus Christ
et de la nouvelle communion avec Lui. Sans ce
réalisme du signe du sacrement, la grâce même du
mariage devient quelque chose de séparé du réalisme
de l’union conjugale tout en cessant d’être sa force
transformatrice. Tout cela exige que, au niveau de
la formation chrétienne des jeunes, dans son chemin
vers la découverte de la vie il y ait une théologie
du corps qui leur donne une vision positive de la
sexualité. Dans une culture de pansexualisme, où
l’exigence éthique semble être disparue de
l’expression du sexuel, l’Église ne peut tomber dans
la vision opposée d’une vision négative de la
sexualité comme si celle-ci ne pouvait trouver son
sens que dans la dimension religieuse du mariage. La
vie en commun de personnes de sexe différent est
toujours chargée d’un dynamisme positive ; c’est une
recherche de la communion de l’amour. Seulement
l’égoïsme et l’auto-recherche de soi même tuent la
dimension positive de la sexualité. Dans le
sacrement du mariage, l’Église invite les hommes et
les femmes qui veulent s’unir, à le faire avec la
plénitude de la beauté de l’amour qu’ils désirent.
Et tout ça est possible dans l’amour de Jésus
Christ.
* L’amour expérimenté comme don de tendresse.
Découvrir le dynamisme de l’amour n’est pas une
exclusivité de ceux qui se préparent au mariage; ça
fait partie de l’ouverture à la vie vécue avec le
Christ. L’expérience chrétienne selon laquelle la
personne ne se sent aimée, heureuse, que quand elle
s’est donnée dans la recherche de la félicité de
l’autre, est essentielle dans la préparation au
mariage. L’attraction et la complémentarité des
sexes prennent expression dans une force instinctive
laquelle, sans la générosité du don, peut très
facilement se transformer dans une recherche égoïste
de soi même. Et la générosité du don s’applique à
toutes les dimensions de la vie et non seulement à
l’intimité sexuelle. C’est celle-ci qui est appelée
à s’intégrer dans l’harmonie d’une vie vécue avec la
générosité du don. Il n’y a pas de sens que la
l’harmonie, que le bonheur suppose chercher la
générosité de la vie, donnée et offerte en toutes
ses expressions, soit, en même temps, égocentrique
et égoïste au niveau de l’intimité sexuelle des
époux.
C’est la gratuité du don ce qui donne aux époux la beauté
enveloppante de la tendresse. Celle-ci n’est pas en
premier lieu, fruition, mais contemplation de
l’autre, dans la joie de renaître ensemble, pour
l’amour. Dans les Écritures Saintes, la tendresse
est un des attributs les plus importants de Dieu.
Par elle, on sent comment Dieu est bon et combien Il
nous aime; la tendresse annonce la bonté et la
miséricorde, elle nous fait sentir que ce qui nous
sauve c’est d’être aimés par Lui.
* La dimension éternelle de l’amour. Pour découvrir
cette dimension, il faut expérimenter l’amour de
Jésus. Seul l’amour de Dieu envers son peuple,
l’amour du Christ envers l’Église, qu’Il aime comme
son épouse, a le sceau de l’éternité. Eux seuls sont
totalement fidèles. Seul dans l’amour du Christ les
époux chrétiens peuvent sentir que leur amour est
pour toujours, pour l’éternité. La fidélité dans le
mariage n’est pas, seulement, fidélité de l’un des
époux envers l’autre. Justement parce qu’ils sentent
dans son amour la tendresse même du Christ, alors
ils sont appelés à être, dans leur amour, fidèles
comme Lui il est fidèle.
Celui-ci est un des aspects où la grâce réalise la nature,
puisque le désir d’éternité est enregistré dans la
capacité naturelle de l’homme et de la femme de
s’aimer pour devenir un seul. Celle-ci est une des
qualités exigeantes de l’amour conjugale. Dans la
victoire sur les difficultés et dans la lute contre
l’esprit du monde, les époux doivent être la force
l’un de l’autre. Combien de fois sont-ils appelés à
être, l’un vers l’autre, ministres du pardon et de
la consolation, avec la force de l’Église, le peuple
que le Christ aime avec fidélité d’époux et où il
trouve le don du pardon, la force pour la lutte, la
chaleur d’une communauté qui fait son chemin.
7. Toutes ces dimensions de la nouveauté chrétienne dans
lesquelles nous sommes introduits à travers
l’initiation chrétienne, ouvrent dans le cœur et
dans l’intelligence l’horizon où prend sens une
vocation au mariage, surtout si elles sont proposées
avec la force d’un témoignage vécu, avec l’ardeur
d’une passion pour Jésus Christ.
Les méthodologies adaptées à la nouvelle évangélisation
8. Jean Paul II dit que la nouvelle évangélisation doit
être toute neuve au niveau des méthodologies. Au
niveau de la préparation au mariage, je m’hasarde à
suggérer quelques critères qui peuvent être
expressions d’une méthodologie, ça veut dire, de la
découverte du meilleur chemin pour l’action
pastorale.
* L’accompagnement personnel. Nous sommes
conscients que parmi la multitude des jeunes qui
demandent le mariage religieux, seulement une petite
minorité désire suivre cet itinéraire: faire du
mariage le chemin et l’expression de la sainteté
chrétienne. L’Église ne peut pas refuser, d’une
façon simpliste, le mariage religieux entre
baptisés, le seul qu’elle considère valide. Jean
Paul II dans la Familiaris Consortio affirme,
après avoir exposé toute l’exigence de la
préparation au mariage: “Malgré que le caractère de
besoin et d’exigence de la préparation immédiate ne
soit pas méprisable – ce qui se passerait si on
concédait facilement la rémission – telle
préparation, cependant, doit toujours être proposée
et mise au point de telle façon que son éventuelle
omission ne soit pas un obstacle pour la célébration
du mariage ”.
Nous devons mettre à disposition de tous les
candidats à la célébration du mariage la meilleure
préparation immédiate possible. Il faut surtout
faire attention aux fiancés qui, à cause de leur
formation chrétienne, sont préparés pour vivre la
beauté de son amour, uni à l’amour du Christ pour
l’Église. Ce sont ceux-ci qui constituent une
promesse de devenir une famille chrétienne,
communauté d’amour et de vie, au sein de la grande
communauté de l’Église. Chaque famille chrétienne
devient encore une pierre solide dans la
construction de l’Église. C’est à nous de les
accompagner, sans leur nier notre temps. Qu’ils
puissent sentir notre joie et notre espérance dans
leur amour.
Aidons les jeunes
chrétiens à choisir leurs fiancé(e)s qui puissent
faire avec eux ce chemin. Expressions telles que “il
(elle) est d’accord, respecte, ne s’oppose pas”, ne
sont pas suffisantes. Les noces chrétiennes
supposent toujours une intimité et une complicité
avec Jésus Christ, lesquelles ne seront jamais
pleines sans les deux membres du couple.
Tout cela suppose un
accompagnement pastorale où tous, prêtres et
laïques, se prennent sérieusement comme sacrements
du Christ, le Bon Pasteur, qui connait ses brebis
par son nom. Ici, il y a un rôle absolument central
des parents, mais aussi des catéchistes, prêtres,
couples chrétiens. N’hésitons pas à sacrifier, au
nom de cet accompagnement personnel les plusieurs
réunions organisatives avec lesquelles nous
gaspillons pas mal de notre temps.
* Catéchèse des
jeunes et préparation au mariage. La pastorale
des jeunes envisage l’initiation chrétienne en toute
son ampleur. Mais pourquoi ne pas organiser des
séries de thèmes dans ce chemin de catéchèse,
centrés dans la dimension du mariage dans la vie
chrétienne? Une préparation lointaine au mariage dés
l’adolescence, offre l’horizon de la totalité de la
vocation chrétienne. Ça n’empêche non plus une
pastorale spécifique envisageant la vocation de
consécration spéciale. Une vocation de virginité
consacrée suppose toujours la découverte de la
réalisation pleine des capacités d’amour en union
avec Jésus Christ. L’idéal de la pureté et de la
chasteté comme préparation pour l’amour, vécu en
union avec le Christ, reste toujours l’arrière plan
de toute vocation chrétienne.
* La célébration du
sacrement de la Confirmation. Sacrement de
l’initiation chrétienne, il a, dans sa propre grâce,
le don du Saint Esprit, une dimension décisive pour
la préparation au mariage. En le préparant et en le
célébrant, cette dimension devrait toujours être
présente.
* La fête des noces.
“Il se fit des noces à Cana
et Jésus fut aussi convié” (cf. Jo
2,1-11). À l’occasion de ces mariages dont j’ai
parlé auparavant, faisons une fête de noces
chrétiennes, dans laquelle l’église participe.
L’amour de ces époux peut être un signe et une
annonce pour tous les autres jeunes. Normalement, la
Liturgie du Mariage n’a pas cet aspect de “Fête de
Noces”. Le fait c’est que la mère de Jésus continue
à être présent en disant: “Faites tout
ce qu'il vous dira” et Jésus continuera à
transformer l’eau en vin, la réalité humaine de
l’amour dans cet annonce de sa présence et de son
Royaume au centre de ce monde, qui semble être
devenu fou dans sa façon de regarder le mariage et
l’amour.
†
JOSÉ, Cardinal-Patriarche